Celui qui se croit trop petit pour avoir de l'influence n'a jamais dormi avec un moustique...


Pourquoi nous avons choisi une autre voie

Liège ne sera donc pas capitale européenne de la culture en 2015. Nous avons fait le choix de ne pas poursuivre plus loin le processus dans lequel nous étions engagés, depuis plus de sept mois et demi, en faveur du dépôt par notre ville d’une candidature à ce titre. De cela, il nous faut rendre des comptes à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, nous ont soutenus — ce dont nous les remercions chaleureusement — et peuvent, le cas échéant, être désappointés par cette issue moins spectaculaire que celle qui était attendue.

Il y a d’abord que nous avons dû constater que les conditions nécessaires à l’obtention du titre convoité ne seraient pas rencontrées. Si nous avons mobilisé de très nombreux citoyens, notamment parmi la jeunesse, notre proposition a laissé de marbre certains acteurs importants. Sans doute avons-nous fait preuve de maladresse, d’inexpérience ou avons-nous tout simplement manqué de temps pour rencontrer tous ceux que nous aurions dû. Reste que, après plusieurs mois de campagne, nous avons observé que l’idée que nous portions, même si elle rassemblait un engouement culturel et citoyen considérable, ne faisait pas l’unanimité, pour diverses raisons dont il ne nous appartient pas de faire de décompte. Or un soutien massif, notamment de la part des institutions culturelles de la ville était de toute évidence nécessaire pour présenter une candidature ayant des chances d’obtenir gain de cause. À cela, il faut ajouter que les délais pour la construction d’un dossier de candidature solide étaient devenus impossibles à tenir. En réduisant de moitié, en septembre, le délai de dépôt des candidatures (fixé au premier mars), on nous a mis une terrible épine dans le pied. Car la construction du dossier de candidature aurait demandé la mise en place d’une équipe à plein temps, disposant de compétences pointues, du soutien des autorités communales, de la collaboration de la Communauté française et de nombreuses institutions culturelles à Liège et dans d’autres villes. Ces conditions n’étaient pas réunies et il semble clair qu’il n’était pas possible de les réunir dans les délais adéquats.

Trois options se présentaient dès lors à nous.

Primo, poursuivre le processus malgré les réserves exprimées ci-dessus, avec la quasi certitude d’aller dans le mur, avec la perspective de faire encore grandir des attentes dont nous avions entre-temps acquis la conviction qu’elles ne pourraient pas être satisfaites. Cette option présentait en outre d’importantes incertitudes quant à la faisabilité de la consultation populaire elle-même : en particulier, compte tenu du temps important nécessaire au dépouillement des signatures, l’organisation de la consultation avant le 1er mars était malheureusement devenue plus qu’hypothétique (la récolte des signatures ayant pris beaucoup plus de temps qu’il n’aurait fallu), d’autant que la restauration du délai usuel de dix mois nous a été refusée ce lundi par la ministre de la culture. En outre, le risque était grand que cette consultation populaire, loin de porter le débat sur les enjeux culturels, soit récupérée à des fins électorales ou attise une rivalité malsaine avec le Hainaut, laquelle n’a pas lieu d’être et que nous n’avons jamais cherché à exploiter.

Secundo, tirer notre révérence sans autre forme de procès : estimer que le mouvement, en ruant dans les brancards, avait d’ores et déjà produit les effets intéressants qu’on pouvait attendre de lui. Cette considération n’est sans doute pas dénuée de fondement, mais personne n’aurait compris que nous en restions là.

Tertio, chercher à transformer la force accumulée en acquis pérennes pour la ville et ses acteurs culturels. C’est ce que nous avons décidé de faire, au cours d’un dialogue avec les autorités communales dont il nous faut dire qu’il fut respectueux et constructif.

Nous l’avons dit et écrit à de nombreuses reprises : la capitale européenne de la culture n’était pas une fin en soi. Ce projet était une manière de faire avancer une série de causes : la démocratisation du débat culturel, le soutien à la création artistique, la reconnaissance du caractère métropolitain de Liège, de sa singularité — tellement souvent niée — d’être la seule grande ville de Wallonie — même si la Communauté urbaine, qui permettrait cette reconnaissance, fait toujours cruellement défaut. Et puis simplement faire de la politique culturelle un enjeu important de la vie publique et non plus la cinquième roue de la charette, comme c’est si souvent le cas. Sur tous ces axes, nous pensons avoir obtenu des avancées.

À commencer par la mise en place d’un outil important au service des artistes, une fondation dont le nom reste à choisir. Cet outil occupera un lieu : « la Dentisterie », sur le site de Bavière, il sera doté d’une structure, d’un cadre de personnel, d’un budget. Il sera chargé notamment d’une mission de production au service des collectifs et des artistes qui peinent à vivre de leur travail sous nos latitudes. Ensuite, un programme pour les dix ans à venir : plusieurs étapes, 2010, 2015, 2018 et l’obligation, donc, de réfléchir à moyen et long terme. Sur la table se trouvent également la décentralisation à Liège de la cinémathèque royale de Belgique, promise de longue date et jamais réalisée, ainsi que le maintien d’une activité de création radiophonique à la RTBF Liège.

Il est important de souligner que nous ne tirerons aucun profit personnel de cette démarche ni ne bénéficierons d’aucun passe-droit. Au contraire, l’animation de ce mouvement nous aura coûté des centaines et des centaines d’heures de travail bénévole et éreintant nous tenant éloignés de nos proches, des factures téléphoniques abominables, des dettes pour certains d’entre nous. Il nous laisse fièrement sur les genoux. À ceux qui, pendant tout ce temps, sont restés au balcon mais seraient éventuellement — c’est tellement facile — tentés de venir nous accuser des pires compromissions, nous demandons : où étiez-vous depuis six mois ?

En conscience, nous avons choisi la voie que nous avons estimée être la plus constructive pour notre ville, pour ses jeunes artistes et pour son devenir culturel. Non seulement nous assumons pleinement cette décision mais nous sommes fiers de cette issue positive dont nous pensons que les Liégeoises et les Liégeois auront, dans le long terme, des raisons de se féliciter.

Liège, le 16 décembre 2008

Pour le comité « Liège 2015 »
Alain De Clerck
François Schreuer
François Thoreau
Promoteurs de l’appel à consultation



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